Maraudes à Saint-Lazare

Ce vendredi 16 décembre, nous avons prévu de faire une tournée de maraudes dans le quartier Saint-Lazare. C’est-à-dire que nous proposerons à des sans-abris une tasse de café chaud et des brioches, et un peu de conversation en cette période de préparation à Noël.

Les préparatifs sont très simples : achat de brioches tranchées, de décaféiné en poudre, de tasses et de cuillers en plastique, et sucre en morceaux ; remplissage des thermos et des sacs à dos, et direction la gare Saint-Lazare. Nous formons deux petites équipes, composées de deux jeunes et de deux adultes.

Sur place, il n’est pas difficile de rencontrer des personnes nécessiteuses. Tout d’abord, c’est une dame moldave, qui est placée à côté d’un magasin de prêt-à-porter, et a à côté d’elle un petit chien carlin noir. Au moment où nous arrivons, la patronne du magasin est là aussi, en conversation, et elle caresse le petit chien. La dame accepte le café, avec un sucre, mais la communication est difficile. Elle nous apprend tout de même qu’elle repart en Moldavie dans sa famille, pour éviter l’hiver ; qu’elle dort chaque soir sous l’auvent du Monoprix ; que son mari n’est pas loin (cela, c’est la patronne du magasin qui nous le dit) ; et finalement, elle profite de notre visite pour expliquer à la patronne que le petit chien va rester en France, et qu’elle souhaite le lui confier ! C’est drôle, car on sent que la patronne hésite un peu, tout en trouvant le chien très attendrissant ; et d’autre part, chacun y va de sa question, de sa remarque. Eudes lui demande si elle est orthodoxe, et comme elle opine, nous lui disons que nous prierons pour elle. Elle s’appelle Lionela, et la chienne Paméla. Finalement nous lui proposons une photo du petit groupe, et la patronne s’y joint.

Quelques pas encore, et une autre rencontre. C’est une dame âgée, française, de Paris. Pas de refus pour le café, mais on la sent préoccupée ; elle nous avertit délicatement qu’elle n’a pas très envie de parler, et nous nous éloignons discrètement, pour respecter sa tranquillité.

Un peu plus loin, un homme, français lui aussi, qui s’appelle Fabrice. Pour lui, ce sera deux cafés. La conversation est assez courte : il est fatigué.

Nous traversons la rue, car il y a un couple près du métro. La femme, Anna, est couchée sur un matelas. Ils sont bulgares et très accueillants. Anna connaît un tout petit peu de français, mais c’est l’homme, Ilia, qui a le plus envie de parler. Il nous cite les langues qu’il connaît, mais aucune n’est commune avec les nôtres ! Il parle bulgare, turc, russe, slovaque… et grec. A ces mots, l’auteur de ces lignes bondit sur l’occasion : je suis en effet professeur de grec ancien, ce sera le moment d’utiliser mes connaissances un peu rouillées. Le grec ancien est notre planche de salut. Je lui parle dans la langue de Socrate, un peu simplifiée, et il me répond en grec moderne. La communication fonctionne ! Nous apprenons qu’il a 59 ans, et qu’ils sont depuis dix ans à Paris. Nous nous présentons, et nous donnons nos âges : Joseph a quinze ans, « déca-penté ». Le grec n’a presque pas évolué, c’est merveilleux ! Nous proposons de prendre une photo, ils acceptent chaleureusement. La dame met ses petites chaussures en plastique, nous posons sur le matelas. Ils me demandent de leur apporter une impression de la photo, avec nos prénoms. Je leur apporterai demain. Ils nous apprennent qu’ils sont chrétiens : nous prierons les uns pour les autres.

Le temps passe, il faut rentrer. Encore une famille, cette fois avec deux petites filles, de quatre et un an. Cette fois, pas de photo, cela les gêne. Et nous rejoignons l’autre équipe, avec laquelle nous étions en lien téléphonique.

Nous échangeons nos impressions : c’est une soirée incroyable ! Nous avons rencontré des gens accueillants, gentils ; pas un refus. Nous avons pu apercevoir des perspectives vertigineuses sur des vies humaines si proches et si lointaines, en si peu de temps. C’est nous qui repartons enrichis, nourris, réchauffés, pleins d’enseignements. Merci à tous nos nouveaux amis.